Devenu incontournable dans les pays occidentaux, le podcast cherche encore sa place dans la région.

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Crédits: Mark Mansour

D’abord destiné à la mise en ligne des contenus radiophoniques, le podcast – contraction de iPod et Broadcasting (diffusion) – est devenu un genre à part entière. Préenregistrés, disponibles en ligne et téléchargeables, ces programmes audio se déclinent sous toutes les formes : émissions, débats, témoignages, documentaires, fiction…

« Le podcast allie créativité et mobilité, explique Ziad Maalouf, ancien animateur de Radio France Internationale (RFI) à la tête de Transmission, “l’école libre de la narration radiophonique”. À la différence de la radio, le podcast n’est soumis à aucune contrainte de format, de ton, de temps. Cela permet d’introduire de nouveaux éléments narratifs. »

Millions d’adeptes aux États-Unis

Sa conception, relativement simple, l’a démocratisé. Aux États-Unis, où 44 % de la population assure en avoir écouté un, le genre est devenu un produit de consommation de masse avec des millions d’adeptes.

D’après une étude conjointe de l’Interactive Advertising Bureau (IAB) et du cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC), les revenus publicitaires du secteur atteignaient en 2017 aux États-Unis 314 millions de dollars. Soit une augmentation de 86 % par rapport à l’année précédente ! Les grands acteurs ne s’y sont pas trompés : Google a lancé sa propre application de podcast. Une réponse à Apple déjà bien installé sur le secteur avec près de 550 000 podcasts en activité référencés.

L’anglais dominant

Au Liban, peu d’initiatives ont vu le jour : le talk-show “The Lebanese Politics”, la série “The Queers” autour de témoignages de personnes transgenres ou l’émission d’“Hummous for Thoughts”. « Nous voulons parler de sujets qui sont délaissés des médias mainstream : l’identité, le racisme ou ce que cela signifie d’être réfugié » raconte le Libanais Joey Ayoub, coréalisateur d’“Hummous for Thought” et résident en Écosse. Bizarrement, la plupart des podcasts locaux ou régionaux sont en anglais. « L’arabe est pourtant une langue orale, celle des conteurs, faire des podcasts dans notre langue devrait être inné, remarque Ramsey Tasmell, l’un des pionniers du podcast arabe. En 2016, le Jordanien lançait avec Hazem Zureiqat la plate-forme Sowt.

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Basé à Amman, le site recense une dizaine de programmes en VO. Les deux plus populaires, “Eib” (récits sur des sujets aussi divers que les questions de genres, de maternité, sur la sexualité…) et “Razan” (une plongée dans la vie de l’avocate et activiste syrienne Razan Zeitouneh disparue en 2013), cumulent pour chaque épisode de 20 000 à 30 000 écoutes. Un très bon résultat quand on sait qu’en moyenne les meilleurs podcasts américains capturent 14 000 auditeurs par épisode.

« Le coût de production d’un épisode commence à 1 500 dollars, mais peut monter jusqu’à 10 000 dollars », détaille Ramsey Tasmell. Sowt, qui avance pour 2017 un budget de 200 000 dollars, finance ses activités grâce à des bourses obtenues auprès d’organisations internationales comme l’International Media Support, l’Agence française de développement médias, ou le Programme de l’ONU pour le développement… Et la prestation de services.

Anghami s’y met

La plate-forme fournit en effet du contenu audio à une dizaine de clients. « Avec une génération ultraconnectée, les perspectives sont énormes dans la région, poursuit Ramsey Tasmell. « C’est un marché émergent, mais on sent l’intérêt grandissant des investisseurs », estime de son côté Alex Attak, basé à Beyrouth.

Le cofondateur du réseau de “podcasters” Kerning Cultures (une trentaine d’épisodes en ligne) rassemblait le 29 septembre à Dubaï une centaine d’invités pour le premier Forum de podcasts du Moyen-Orient. À cette occasion, Anghami annonçait la création d’un nouvel onglet dédié aux podcasts sur sa plate-forme. « Ces formats audio commencent à connecter les gens avec des idées, des débats, note Élie Habib, cofondateur d’Anghami. Nous sommes fiers d’être la première plate-forme de la région à mettre en avant les podcasts locaux. Nous espérons ainsi accélérer la pratique du podcast, pas seulement pour les auditeurs, mais aussi pour les créateurs. »